©  Julie Cherki

Je suis une épopée individuelle

Cette pièce écrite par Pablo Jakob est l'adaptation pour le théâtre du roman Ada de Antoine Bello. Construite comme une mise en abîme, elle raconte la fuite d'une intelligence artificielle, Ada, programmée pour écrire elle aussi des adaptations de romans pour le théâtre. L'inspecteur de police Franck Logan est chargé de la retrouver. Ada s'est échappée de l'ordinateur où elle était conservée chez Turing Corp, la start-up qui l'a crée dans la Silicon Valley.


"C'est à se demander si Je suis une épopée individuelle est entièrement l'oeuvre théâtrale d'une intelligence artificielle dans son écriture, sa mise en scène, son interprétation, sa recherche esthétique, dans son intégralité." Feuille de salle

CRÉATION EN COURS

Au théâtre Le Toboggan de Lyon

 

Compagnie Le Théâtre d'Anoukis

Texte : Ada d'Antoine Bello Adaptation : Pablo Jakob Mise en scène : Baija Lidaouane Scénographie, accessoires et conception vidéo : Lisalou Eyssautier Construction du décor : Isabelle Cagnard Réalisation vidéo : Mathurin Prunayre Lumière : Hugo Fleurance Son : Louise Blancardi Costumes : Marie-Pierre Morel-Lab Avec Maud Ardiet, Morgan Brosed-Ponce, Alexandre Canard-Volland, Cédric Danielo et Alissia Esteve

©  Mathurin Prunayre

RATIONALISER LA SCÉNOGRAPHIE

Pour ma conception, je suis partie de l'idée que c'est Ada, l'intelligence artificielle du texte, qui a réalisé la scénographie du spectacle. J'ai pensé mes espaces comme j'imaginais qu'elle l'aurait fait. J'ai associé à cela le concept de mise en abime présent dans le texte. Si l'intelligence artificielle a conçu une scénographie qui parle de théâtre, elle a utilisé le vocabulaire traditionnel du décor théâtral (boîte noire, machinerie, châssis, accessoires) tout en le rationalisant.

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Croquis préparatoires des changements de décor pour passer d'un espace à un autre

RENDRE LES ESPACES PERMÉABLES ET SYSTÉMATISER LA SCÉNOGRAPHIE

La pièce se déroule notamment dans la start-up Turing Corp, un commissariat, la maison de l'inspecteur Logan, un Starbucks... Nous avons voulu raconter la perméabilité qui existe entre ces espaces. L'inspecteur Logan et sa femme défendent des valeurs "anti Silicon Valley" mais comme les start-uppeurs de San Francisco ils boivent des cafés Starbucks et utilisent des ordinateurs et des smartphones Apple. Pour raconter cette perméabilité j'ai créé une scénographie avec un système de représentation spécifique. Chaque objet est présent sur scène pour la fonction qui le définit. Comme le conçoit une intelligence artificielle, un canapé est "un long siège à dossier où plusieurs personnes peuvent s'asseoir ensemble". Dans la scénographie, le même canapé est utilisé dans les différents lieux représentés, même s'ils ont à la base des esthétiques différentes. Ce qui m'a intéressé ici c'est de chercher une systématisation dans la représentation des espaces de la pièce, comme pourrait le faire une intelligence artificielle. J'ai conçu en collaboration avec la constructrice Isabelle Cagnard une scénographie fonctionnelle, modulable et avec des usages optimisés : châssis transparents en polycarbonate réversibles avec des stores sur chacune des faces, table avec plateau réversible, petit bureau qui devient frigo puis pupitre à discours... La scénographie tend ainsi vers une épure où rien de superflus n'est ajouté. Au début du spectacle, tout le décor est contenu dans un carré, comme un pixel. 


Voir la vidéo ci-dessous

©  Mathurin Prunayre

CHORÉGRAPHIER LES CHANGEMENTS DE DÉCOR

L'ensemble du décor est sur roulettes ou sur poulies. Le décor devient l'accessoire de jeu de l'intelligence artificielle qui le manipule par l'intermédiaire des comédien.ne.s sous ses ordres. Nous avons travaillé à la mise en place d'une chorégraphie des changements de décor. Comme le montre la vidéo ci-contre, le décor est déplacé suivant des lignes parallèles et perpendiculaires, comme le ferait une machine.

FENÊTRES VIRTUELLES ET OBJETS LUMINEUX

Les châssis en polycarbonate alvéolaire du décor, positionnés toujours parallèles au nez de scène, racontent des fenêtres virtuelles qui s'ouvrent et se ferment. Ils sont transparents ou se colorent, contiennent des images et des textes. J'ai élaboré également un travail sur les accessoires lumineux, comme des objets connectés à l'intelligence artificielle.

©  Julie Cherki

ABSTRACTION ET RÉALISME VIDÉO 

J'ai créé la conception vidéo en collaboration avec le vidéaste Mathurin Prunayre qui réalise les images. La vidéo est présente tout au long du spectacle comme un élément scénographique à part entière. Les châssis du décor se transforment en écran pour accueillir les projections. 
Les images projetées sont un mélange d'ambiances graphiques, de captations en direct et en différé, d'images tirées d'internet. 

Les ambiances graphiques expriment la vision en images de l'intelligence artificielle, une vision du monde à la fois rationnelle mais qui cherche aussi à être poétique et symbolique, comme pour copier celle des humains. Ces ambiances graphiques abstraites contrastent avec le réalisme des captations vidéo et des images contemporaines telles que l'incendie de la Cathédrale Notre-Dame de Paris ou la ville de San Francisco sous un ciel orange dû aux feux de forêts en Californie. Ces contrastes viennent interroger ces différentes représentations du monde, humaines et robotisées.

©  Mathurin Prunayre

Maquette et croquis préparatoires

©  Lisalou Eyssautier

 © 2020 LISALOU EYSSAUTIER